La drogue au cinéma

La drogue est une thématique à part entière dans les filmographies anglo-saxonnes ; elle s’inscrit naturellement dans le parcours de certains cinéastes, et mêle avec la même importance des thèmes annexes tels que la violence ou le mal être. C’est pour cela qu’il sera fait plus souvent référence aux films américain ou anglais qu’à tout autre cinéma.

Il serait trop long de citer tous les films qui ont intégré dès les années 20 cette donnée comme une part de la fiction, mais il est intéressant de noter la prépondérance au cinéma du lien entre mal être et toxicomanie.

Dans les années 50, l’Homme au bras d’or avec Franck Sinatra décrivait la longue descente aux enfers d’un musicien de jazz plongé dans la consommation de cocaïne.

Les années 60 nous montrent Al Pacino dans Panique à Needle Park (Needle signifiant aiguille ou seringue) plongé dans une histoire d’amour empoisonnée, une idylle transformée en enfer au coeur d’une Amérique où la drogue est désormais un fléau que les médias taisent encore, un fléau qui mêle prison, prostitution et trafic de stupéfiants ; la France voit cela d’un oeil prudent.

Dans les années 70, années du flower power, c’est l’usager qui est décrit, dépeint avec noirceur : Easy Rider nous conte la virée de quelques individualistes en chopper au travers d’une Amérique démystifiée, vivant au rythme des vibrations mécaniques et psychotropes, croisant la violence, la bêtise et l’incompréhension. ; Jimi Hendrix, Jim Morrison, et Janis Joplin s’éteignent pour raison d’excès ou de mélanges inconsidérés ; la comédie Musicale Hair reprise au cinéma par Milos Forman mêle adroitement cannabis, amour universel, et antimilitarisme dans un élan de fraternité ; The rose, flamboyant mélodrame, retrace le parcours désabusé de Janis joplin interprétée par Bette Midler.

Le mal être est omniprésent, et la violence se place en filigrane d’histoires individuelles ou collectives.

Suite à la présidence de Gérald Ford, le cinéma américain devait montrer un personnage refusant de fumer. Pour les années 80, il faut montrer du doigt les " empoisonneurs " ; les médias prennent enfin conscience des conséquences de la drogue dans une société malade, où la violence urbaine répond à la violence institutionnelle, et le cinéma se fait l’écho de cela en produisant une quantité impressionnante de films en rapport. 
L’ère des golden boys est à son sommet, le succès se pare de poudre blanche ou de comprimés colorés, l’alcool coule à flot pour noyer l’allégresse ; les cristaux de crack apparaissent dans les rues, coût moindre et effets garantis pour des consommateurs moins fortunés. Malheureusement, ce que le cinéma décrit se décompose très simplement, tout succès s’accompagne d’un échec ; la cocaïne, l’héroine et l’alcool, sont encore présents pour noyer l’échec, pour entraîner les personnages encore plus loin. L’émigré cubain de Scarface, interprété par Al Pacino voit sa route le mener de la grandeur à la décadence par la grâce de la cocaïne ; pour James Woods dans Etat de Choc, c’est une peur de l’échec qui le mène à accepter un soir la cocaïne qui lui est proposée, et c’est son couple qu’il entraîne à la dérive. Neige sur Beverly hills décrit la fin d’une amitié pour des copains de fac opérant difficilement le passage à l’âge adulte, la cocaïne aidant plus facilement à la chute. Le crack fait se paver de cadavres les rues des grandes métropoles : New Jack City tout d’abord, de Mario Van Peebles, premier film sur le crack ayant entraîné des violences jusque lors des projections cinématographiques. D’autres ont suivis, plus ou moins dans un effet de mode, hormis Boy-z-n the Hood de John Singleton, ou encore Menace 2 Society des frères Hugues, des pavés dans la mare avec un désenchantement de la jeunesse, et un abandon des adultes dans leur rôle de parents.

Les années 90 plantent plus profondément le décor, avec Trainspotting de Danny Boyle, Kids de Larry Clark, Clockers de Spike Lee, Péril Jeune de Cédric Klapish et Déjà mort d’Olivier Dahan, Ne pas avaler de Gary Oldman, et dernièrement Human Traffic de Justin Kerrigan, des films ancrés dans une réalité sociale étouffante avec un oeil plus juste, moins moralisateur, des constats et des remises en question en lieu et place des effets de manche des années 80. Les images posent avec plus d’acuité le lien entre le mal être et la violence qu’il peut engendrer, le recours aux substances psychotropes (légales, illégales ou à usage détourné) que cela entraîne parfois, sans stigmatiser les usagers, sans conclure inévitablement à sa déchéance.

Le cinéma d’aujourd’hui montre clairement qu’il y a plusieurs issues, que le sida, la mort ou la décrépitude ne sont pas les seules voies possibles.