Dans une certaine mesure, prendre des risques permet de se construire. En effet face au risque, on apprend à évaluer le danger, à tester ses limites et à être responsable de soi-même et des autres. C’est une prise de risque « normale » comme celle des enfants quand ils apprennent à marcher et qu’ils risquent de tomber. Mais il y a des limites à cette prise de risque.
Quand on est conscient du danger mais que l’on s’y expose volontairement, c’est d’autre chose qu’il s’agit. On s’en remet au hasard et on flirte alors avec la mort. Le risque n’est alors pas structurant mais destructeur voire mortel.
Parfois le risque peut devenir fascinant. C’est alors peut-être l’indice d’un mal-être qui vient s’exprimer par des conduites extrêmes. Notamment dans les accidents à répétition.
Le taux de répétition des accidents à l’adolescence est élevé : parmi les jeunes ayant eu un accident, 28% en ont un deuxième dans l’année, alors qu’un jeune n’ayant pas subi d’accident n’a que 8% de risque d’en avoir un premier. Parmi ceux qui ont déjà eu plusieurs accidents, le taux de répétition s’élève à 62% dans l’année.
Selon D. Marcelli ( 1), si la survenue d’un premier accident est peut-être due au hasard, la répétition d’accidents relativement sérieux à cet âge témoigne d’un problème sous-jacent.
L’étude de D. Marcelli porte sur des garçons ayant présenté deux accidents importants en 18 mois. Chez ces garçons on retrouve 83 % d’anxiété sévère ou majeure, 25 % d’épisode dépressif majeur, 58 % de dépressivité et 25 % de recherche de sensation élevée, ce qui les différencient significativement d’une population témoin. La dépressivité, ce n’est ni la déprime qui relève du « coup de blues » ni la dépression plus profonde qui se manifeste par une tristesse anormale, persistante, des insomnies répétitives, une irritabilité, une fatigue anormale, un fort sentiment de culpabilité, des difficultés scolaires… ( voir notre dossier sur le mal être). La dépressivité est une tendance à être déprimé mais sans qu’on s’en rende compte. C’est dans le comportement que cette tendance s’exprime, et non dans le ressenti.
La répétition d’accidents surviendrait dans un climat particulier :
dans le cadre d’une anxiété importante ou de dépression, l’accident serait alors une sorte de punition qui reste inconsciente ;
il existe une anxiété et une recherche de sensations élevées conduisant à une prise de risque mal évaluée ;
enfin on retrouve une anxiété sévère et/ou des traits dépressifs qui s’associent à un faible intérêt pour les pensées et les émotions ainsi qu’un comportement marqué par l’action voire le passage à l’acte.
Quand on ne se sent pas bien et qu’on est attiré par un goût pour le risque, en parler peut aider à comprendre ce qui se cache derrière et faire du bien. Sur Fil santé Jeunes un professionnel de la santé est à l’écoute au 0800 235 236 (appel anonyme et gratuit depuis un fixe ou une cabine téléphonique, ouvert tous les jours de 8 h à minuit).
( 1) Marcelli D., Mézange F. Les accidents à répétition chez l’adolescent. Traits anxieux, dépressifs et conduites à risques associés. FrancoPsy : la revue francophone de psychiatrie sur Internet (www.psychiatrie.net/francopsy), "accident.htm", 1998