
Environnement urbain difficile des "cités-ghettos", situation sociale chaotique dans laquelle le chômage est souvent présent et l’insertion professionnelle de plus en plus incertaine, violences intra-familiales parfois, ressenti d’exclusion et d’isolement chez les populations jeunes, statut de la femme non-reconnu.... sont vecteurs de violence comme dernier mode d’expression du malaise ambiant.
Vivre en tant que fille dans ce contexte, c’est devoir très vite choisir entre la position de "victime" ou celle de "caïd". Pour celles qui optent pour cette dernière alternative, le groupe représente un moyen de protection sûr par rapport à cette pression environnementale et familial : la bande de copines, c’est comme "une nouvelle famille" dans laquelle toutes peuvent être comprises et partagent les mêmes besoins.
"Ne plus être des filles" semble en être le mot d’ordre implicite : ni jupes, ni talons, ce sont tous les signes de féminité qui sont systématiquement gommés. A l’heure des "tournantes", il est préférable de ressembler le plus possible aux garçons, de s’habiller, de parler et de se comporter comme eux, d’éviter ainsi d’être une cible potentielle aux abus divers, rumeurs et insultes, et par là même d’oublier une condition féminine "dégradante".
A la violence, répondre par la violence : seule issue pour survivre, dernier recours pour s’affirmer et se faire respecter. Il devient nécessaire de se battre pour ne plus être soumise.
Agresser les autres, s’attaquer aux institutions, signifierait également rejeter le poids des traditions, remettre en cause plus globalement la société dans laquelle le rapport homme-femme reste trop inégal : "se sentir plus forte, c’est une manière de se sentir libre".
La violence chez les adolescentes apparaît ainsi aujourd’hui comme seule alternative à la soumission, dans un univers où les poings et les armes ont trop souvent pris la place des mots et du dialogue.
Cependant, ces jeunes filles qui cherchent aux yeux de tous à nier leur féminité, ne l’oublient pas vraiment en réalité... Si ce choix est une condition à leur survie, il est douloureux pour chacune. Face à ces "appels au secours" a été mis en place, il y a quelques mois, un nouveau mouvement : il a débuté avec la grande marche de ces femmes "Ni putes, ni soumises" qui veulent se battre toujours ensemble, mais "autrement", vers une reconnaissance progressive de la condition des femmes dans les cités. Beaucoup ont déjà rallié leur cause...