Que signifie un amour de vacances chez les jeunes ? Peut-il durer toujours ? Bruno Angevin, directeur de centres de vacances et formateur BAFA répond à nos questions.
En quoi l’amour est-il différent chez l’enfant et chez l’adolescent ?
Chez les enfants ce sont bien souvent des petites passions amusantes et du papillonnage. L’amour pour eux est tabou et ils n’aiment pas en parler. Ils ont peur qu’on les juge, qu’on les taquine avec ça. Chez les adolescents c’est différent. Il y a tout une technique de recherche de l’amour due aux changements de leur corps. L’enfant recherche le rêve et le fantastique : "plus tard, je me marierai avec toi". L’ado lui se projette plus facilement dans un avenir rationnel mais moins lointain : "on s’écrira". C’est là qu’on voit que l’adolescence est un passage vers le monde adulte.
Donc l’amour durant les vacances chez l’adolescent est un véritable besoin ?
Les adolescents se vantent souvent de partir en vacances pour avoir leurs premières relations sexuelles, même si le passage à l’acte n’est pas toujours effectué, ou pour connaître leur premier grand amour. C’est un besoin de se conformer aux autres, de connaître à leur tour le goût de l’amour. Et puis c’est comme un rite initiatique pour eux, une sorte de passage obligatoire. Les vacances sont le moment le plus propice à ce genre d’expérience.
Mais la rupture, si rupture il y a, n’est-elle pas difficile à vivre par l’adolescent ?
Je ne pense pas que la rupture chez les adolescents soit vraiment grave. Tout est aléatoire bien sûr, car il existe plusieurs types de jeunes. Mais dans la plupart des cas, l’amour de vacances est comme une sorte de rite. Plus on a de partenaires et plus on en sort glorieux. Et puis les différents mouvements de notre société ont modifié les priorités. En mai 68, l’amour était placé au premier rang. Aujourd’hui, avec le mouvement féministe et l’émancipation de l’individu, on ne tient plus à être tenu par l’amour, on veut vivre ! Donc la rupture semblera moins grave, on en rira même. Mais au fond l’homme est toujours le même et personne ne peut nier avoir souffert par amour au moins une fois dans sa vie.
Le schéma est le même pour les filles comme pour les garçons ?
On a tendance à penser que les filles en parlent plus entre elles et qu’elles sont plus sensibles aux tourments de l’amour. Ce n’est pas faux. Mais penser par contre que les garçons ne s’en font pas pour ça, qu’ils se fichent de l’amour, n’est pas très correct. C’est seulement qu’ils sont plus machos et qu’ils ne montrent pas toujours leurs sentiments, surtout entre eux. Mais au fond ils souffrent aussi.
Et croyez-vous aux amours de vacances qui durent toujours ?
Ca dépend de beaucoup de choses. Ce qui peut faciliter la relation est la proximité tout d’abord. Si l’un habite Paris et l’autre Marseille, l’amour aura plus de difficultés à tenir. Mais les écrits, les lettres, sont pour moi un moyen sain et efficace de maintenir une relation. J’ai en tête l’expérience d’un jeune homme qui écrivait à sa copine pour lui parler de ses problèmes de drogue. Je trouve formidable qu’on prenne le temps d’exprimer ses sentiments à quelqu’un alors que cette autre personne vit très loin. Mais c’est vrai que le retour à la vie de tous les jours est bien souvent un obstacle. Tout le côté financier aussi, avec la dépendance aux parents et aux études. Si j’avais un conseil à donner aux adolescents qui souhaitent continuer leur relation amoureuse, même à distance, je leur dirais de prendre le temps de se connaître. Le dialogue, quel qu’il soit, est toujours très bénéfique. Et si par bonheur les deux personnes ont une passion en commun, quelque chose qui les fédère, ils doivent en profiter. Lorsque le coeur et l’intelligence rallient deux personnes, la passion ne peut que s’installer.