Interview du Dr. Chivot

Le docteur Martine Chivot est dermatologue et membre du groupe "experts acné". Elle a accepté de répondre à nos questions sur l’acné.

Pourquoi a-t-on des boutons à l’adolescence ? A quoi est-ce dû ?

La puberté s’accompagne de nouvelles sécrétions hormonales. Ce sont elles qui vont permettre au corps d’acquérir ses caractéres sexuels secondaires et de devenir un corps adulte. Ce sont en particulier, les hormones “mâles” présentes chez le garçon comme chez la fille qui vont aussi déclencher de l’acné.

En fait, les glandes sébacées qui contiennent du sébum et qui se trouvent à la racine de chaque poil sont très avides de ces hormones ! La glande s’en saisit, augmente de volume et sécrète alors plus de sébum. Jusqu’alors, rien de grave, mais, au bout d’un moment, le follicule pilo-sébacé (voir schéma) se bouche. A ce stade, il y a l’apparition d’un point noir ou blanc. La poche de sébum peut par la suite s’enflammer provoquant l’apparition des boutons rouges, parfois douloureux.

Quand on parle d’acné, de quoi s’agit-il ?

Tous les boutons de la jeunesse sont de l’acné ! L’acné est une maladie "polymorphe", c’est à dire qui peut prendre plusieurs formes : points noirs, boutons rouges, blancs, multiples ou rares... Il y a autant de types d’acné que de personnes. L’acné est localisée sur le visage, mais aussi sur le dos et la poitrine. C’est parce que ce sont les régions du corps les plus riches en glandes sébacées.

Si l’acné est liée à la puberté, pourquoi certains adolescents n’en ont pas ?

C’est rare. Chez certains, alors qu’ils ont autant d’hormones que les autres, le follicule pilo-sébacé ne se bouchera pas ! On fait des recherches pour essayer de comprendre pourquoi chez certains ce bouchon se forme, mais on ne sait pas encore. Il y a sans doute un facteur génétique, la glande serait alors moins friande d’hormones. On ne sait pas encore très bien expliquer ce phénomène.

Est-ce que le fait d’avoir de l’acné peut jouer dans les relations avec les autres ?

Le plus souvent l’acné est mal vécue par l’adolescent, mais, là encore, c’est assez variable. Au moment où le corps change, se transforme, le visage se couvre de boutons et l’ado se dit que c’est le premier endroit où le regard des autres va se porter. Cela peut provoquer un manque de confiance en soi, surtout dans notre société où "l’apparence" prend beaucoup de place. Les copains peuvent aussi se moquer en traitant le jeune de "calculette", "tableau de bord". C’est difficile à supporter. Le jeune ne doit pas hésiter à aller consulter le médecin pour trouver une solution !

Justement, comment se passe une première consultation chez le dermatologue ?

Le dermatologue est là pour répondre à l’attente même si objectivement les lésions paraissent minimes. En effet, l’importance du problème pour l’adolescent ne dépend pas de la gravité de l’atteinte physique. Le médecin va attacher de l’importance à la demande du jeune quelque soit l’intensité des lésions. Il n’y a pas d’acné "légère" : c’est toujours important pour le jeune comme pour le dermatologue. Il ne faut pas qu’un adolescent reste avec un problème d’acné qui le fait souffrir sans aller consulter parce qu’il aurait l’impression qu’il y a plus grave ailleurs.

Quels sont les types de traitements qui existent contre l’acné ?

Il existe deux types de traitements :

- Les traitements locaux : crèmes, gels ou lotions à appliquer sur la peau à traiter. Ils visent en fait à faire sauter le fameux bouchon qui fait que le sébum va rester coincé et non pas s’écouler à l’extérieur, bouchon qui va provoquer l’accumulation de sébum et provoquer l’apparition de bouton. Ils sont utilisés dans le cas des points noirs ou des points blancs. Il existe également des produits pour faire disparaître les boutons rouges.

- Les traitements par voies générales c’est à dire des comprimés ou des capsules qui se prennent par la bouche. Les anti-inflammatoires oraux sont utilisés dans les cas de boutons rouges où il y a de l’inflammation. En effet, la petite poche de sébum lorsqu’elle éclate va libérer le sébum qui est "agressif" pour l’épiderme qu’il y a autour. Cela provoque des points ou des zones rouges plus ou moins douloureuses.

Il existe aussi un médicament particulier pour certains types d’acné qui agit sur trois facteurs en même temps : le bouchon, la seborrhée (la sécrétion de sébum) et l’inflammation. Ce médicament est très actif et a des effets secondaires, en particulier des malformations du foetus chez la femme enceinte.

Pour les filles, il y a aussi la solution hormonale. En effet, comme ce sont les hormones mâles (androgènes) qui provoquent l’acné, on peut leur donner des hormones anti-androgènes. Certaines pilules ont cette action.

Dans tous les cas, comme chaque acné est différente, c’est au médecin de "faire sa petite cuisine" c’est à dire de s’adapter au type d’acné et à la personnalité de l’individu. Il faut lui faire confiance et ne pas s’inquiéter de ne pas avoir exactement le même traitement que le copain.

A partir de combien de temps après le début d’un traitement remarque-t-on une amélioration et combien de temps dure-t-il ?

Les premiers résultats apparaissent au bout d’un mois, mais il faut attendre 3 mois pour avoir un résultat appréciable. Il ne faut pas oublier que l’acné est une maladie qui commence aux environs de la puberté et finit à un âge variable. Elle guérit alors toute seule. Il faut donc continuer de se soigner jusqu’à la résolution spontanée de la maladie.

L’acné entre dans la catégorie des maladies chroniques évoluant par poussées. Il faut donc trouver un régime de croisière avec le dermatologue, c’est à dire un traitement d’entretien. Il ne faut pas hésiter à dire au médecin lorsque l’on trouve que le traitement est un peu lourd pour trouver ensemble des aménagements.

Pour terminer, quels sont vos conseils ?

- Il faut éviter de percer les boutons. Chez certains cela peut devenir une habitude voir une nécessité. Ce sont souvent les boutons qui ont du pus qui subissent ces attaques. La pression exercée sur la peau par les doigts fait se répandre des produits irritants dans le derme. Cela peut laisser des cicatrices !

- Manger ce que l’on veut. En effet, contrairement aux idées reçues, il n’y a aucun lien entre ce que l’on a mangé et l’apparition de boutons. On peut manger gras, manger du chocolat... Aucun régime ne peut améliorer une acné : on peut manger de tout raisonnablement.

- On peut utiliser les crèmes, les savons, les gels, des fonds de teint non comédogènes pour peaux grasses ou à problèmes. C’est un complément du traitement. Les lignes pour peaux à problème possèdent également des produits de nettoyage à utiliser sans excès. Il est inutile et irritant pour la peau de la frotter énergiquement.

- Se laver avec des produits toujours pour peaux à problèmes tous les jours.

- Et bien sûr, aller chez le médecin dermatologue.

Un grand merci au docteur Martine Chivot pour cette interview et le temps qu’elle nous a accordé !

  • Mise en ligne le 2 octobre 2006
  • Dernière modification le 2 novembre 2006