Les scarifications

Vous êtes nombreux à nous avoir écrit pour nous demander de consacrer un article aux scarifications soit parce que certains étaient touchés directement, soit parce que d’autres se faisaient du souci pour un(e) ami(e). Derrière ce mot se cachent de nombreuses choses qui peuvent paraître contradictoires comme certaines contributions dans nos forums le montrent. En effet, comment comprendre le fait que faire mal à son corps pourrait devenir nécessaire pour certains, comment comprendre à la fois la souffrance liée à ce type de gestes et le sentiment d’apaisement qui semble l’accompagner. Peut-être en réfléchissant non pas à la scarification elle-même et aux marques qu’elle laisse sur le corps mais à ce qu’elle cache tout en le dévoilant : une souffrance, un désespoir, des idées noires...

Les scarifications et la dépendance.

Beaucoup des adolescents qui se mutilent parlent de leur difficulté à s’arrêter comme s’ils décrivaient une drogue. Ce moment semble apporter une "fausse" solution à leur sentiment de vide et de détresse. En effet, le fait de sans arrêt recommencer, refaire le même geste montre qu’il s’agit plutôt d’un cercle vicieux. Finalement non seulement « ça » rate, mais en plus ça laisse des marques qui font honte renforçant le mal-être et peu à peu la scarification devient un rouage de la machine à aller mal.

Un appel à l’aide.

Se faire mal pour aller mieux montre une chose unique : "ça va mal". Les scarifications viennent montrer qu’à l’intérieur, il y a aussi une souffrance qui n’arrive pas à se dire autrement qu’en se "marquant" et en se "remarquant". La pratique reste solitaire, l’important pour pouvoir aller mieux, c’est que d’autres soient là car quand tout va très mal, c’est dur de trouver seul(e) de vraies solutions... Si les marques laissées sur le corps sont souvent cachées, il arrive que quelqu’un d’autre les voit. A la manière de mots, ces marques sont à déchiffrer comme un S.O.S. .

Parler pour être moins seul(e).

Avoir des marques, avoir recours aux scarifications n’est pas honteux. Se cacher enferme dans un secret où l’on peut être de plus en plus seul(e). Peu à peu, les mots prendront la place des blessures. La souffrance n’est pas quelque chose qui se juge, elle appelle juste à la solidarité, au dialogue pour ne pas continuer à être seul(e) dans son mal-être, dans sa tête et dans son corps. Il faut « en parler » d’urgence... pour réapprendre à voir que les autres sont là, tout autour, même si on ne les voit plus. Dire les choses, même très graves, ne les fait pas empirer, au contraire ça les apaise.

Où trouver cette aide ?

Il peut être difficile de parler de tout ça aux parents. Par contre, un adulte un peu plus extérieur pourrait être à l’écoute : un prof qu’on aime bien, l’infirmière scolaire, une tante, son médecin généraliste... Et puis, il y a aussi des lieux pour les jeunes qui vont mal comme les Points Ecoute Jeunes. Si cela paraît compliqué, on peut aussi appeler Fil Santé Jeunes au 0800 235 236 pour être écouté et pour chercher les mots qui laisseront les marques derrière soi !

  • Mise en ligne le 9 novembre 2005
  • Dernière modification le 4 mars 2008