L’interview du mois !

Ce mois-ci nous avons choisi de poser quelques questions à Freddy D., directeur artistique et clown dans l’association 1.2.3. soleil qui intervient dans les hôpitaux de Valence, Lyon et Montélimar.

Vous travaillez pour l’association 1.2.3. soleil, en quoi ça consiste exactement ?

L’association 1.2.3. Soleil emploie des comédiens professionnels, des artistes confirmés dans le théâtre, d’autres dans la musique,etc... on a plusieurs cordes à notre arc ! Et notre point commun à tous, c’est de mettre notre savoir-faire artistique à la disposition de l’hôpital et de ses services de pédiatrie. On intervient sous la forme de duo, deux comédiens au travers de leur personnage de clowns rendent visite à l’enfant dans sa chambre. C’est une visite basée sur l’improvisation, nos personnages vont se présenter, prendre un peu la température de ce qui se passe dans la chambre, comment est l’enfant, si ses parents ou sa famille sont là... Et ensuite, on présente à l’enfant un numéro qui a été construit et écrit en dehors de l’hôpital, mais qui correspond à son âge, à ses demandes...

Et vous intervenez toujours auprès des enfants ou aussi auprès des adolescents ?

Enfants et adolescents, on intervient en fait dans trois services, un de tout petits bébés prématurés, un de nourrissons et un services dit « de grands enfants » donc là ça va de quatre à dix-sept ans. Sur l’hôpital de Valence, on voit beaucoup d’adolescents.

Quel accueil vous réservent ces ados ?

C’est un peu 50/50. Une partie de l’accueil est très polie, les jeunes sont très respectueux, ils froncent juste un peu les sourcils en se demandant ce qu’on peut bien faire là... Mais on n’est pas du tout habillé comme les clowns « tarte à la crème » qu’on peut voir au cirque, un peu cliché... C’est un autre travail, on est des clowns de théâtre, c’est à dire qui jouent sur leurs travers qu’ils soient physiques, émotionnels, ou de caractère. Par exemple, plus un clown est grand plus il va s’habiller avec des habits tout serrés pour mettre en avant sa grandeur et sa minceur, plus le comédien est râleur de nature, plus le clown va l’être aussi... Voilà c’est vraiment notre définition du clown de théâtre. Donc l’accueil des ados est soit respectueux, et là c’est à nous de sortir les bonnes cartes pour établir la relation, soit ils ont plus un rejet et nous disent « attendez je suis plus un gamin, allez voir les ptits ». Ce rejet, c’est soit parce que les ados ne se sentent pas concernés, soit parce qu’ils ont besoin d’exprimer un peu d’agressivité à ce moment là, ce qu’ils ne peuvent pas faire par rapport au personnel médical, au psychologue etc... Et nous on devient un peu punching-ball à ce moment-là ! A nous d’accepter ça et de l’utiliser dans un jeu pour créer un lien, une relation... Pour que l’ado comprenne que ce qu’on lui propose n’est pas que pour les petits, c’est adapté à lui et très respectueux de sa personne.

Donc être clown c’est pas seulement faire rire alors ?

Non, je dirais que c’est à la fois faire rire et émouvoir. Quand on a réussi à tisser le lien avec l’ado, il y a toujours un moment où il y a des éclats de rire, parce que ça permet de se libérer du stress, de ressentir un bien être dans son corps, ça ça fait du bien... Mais il y a aussi toujours à un moment des larmes qui apparaissent, parce que ces jeunes là acceptent à un moment leur fragilité, et du fait que nous en clown on joue là dessus, c’est à dire qu’on est nous même dans un état de fragilité, on est ridicule dans nos fringues et dans notre jeu, mais on est dans une totale acceptation de ça. Plus ridicule que nous tu meurs ! C’est un peu notre devise, et ça permet à l’ado en face de lâcher ses défenses, de se dire qu’il ne sera pas jugé, c’est juste un bon moment à passer ensemble. Pouvoir s’accepter tel qu’on est devient une force pour l’ado même fragile.

Est-ce que vous pensez que le rire ça soigne ?

J’en suis fortement convaincu ! Scientifiquement, je n’ai pas d’éléments à donner, mais il y a des gens qui se sont pencher la dessus. Après si soigner c’est faire du bien, alors sur le moment, quand on est avec le jeune, oui ça en fait partie... Parce qu’on se sent mieux, on se sent léger... Il y a plein d’expressions populaires qui parlent de ce que le rire peut procurer comme bien-être physique et psychologique.

Alors comment vous êtes devenu clown à l’hôpital ?

Oh lalala, j’ai un parcours très compliqué ! En résumé, je ne viens pas du tout d’un milieu artistique, j’ai découvert ça en faisant de l’animation auprès des enfants tout en étant en parallèle étudiant en médecine. Pendant quatre ans j’ai fait les deux, et puis à un moment j’ai décidé de me consacrer entièrement au milieu artistique. J’ai passé une audition au Rire Médecin, qui est la première association à avoir fait ce travail là en France. Voilà, j’ai démarré avec eux, il y a dix ans, et depuis il y a pleins d’associations « cousines » on va dire...

Et tous les clowns sont des comédiens professionnels, où y a t-il parmi eux des médecins... ?

Non à 1.2.3 Soleil, comme au Rire Médecin, nous sommes tous des comédiens professionnels avec un solide bagage artistique car on s’adresse à des âges très différents, à des parents aussi, à des soignants. On a besoin d’utiliser des choses très différentes, on a une formation de clowns bien-sûr mais on peux aussi se servir de la magie, de la musique etc...

Merci beaucoup à l’association 1.2.3. Soleil et à Freddy D., nous vous souhaitons une bonne continuation et encore de très nombreux éclats de rire !

  • Mise en ligne le 13 octobre 2005
  • Dernière modification le 16 octobre 2007