Majorité, minorité, maturité

Oui, c’est vrai, un mineur est un ouvrier qui travaille dans une mine pour en extraire le charbon. Oui, c’est vrai aussi, le majeur est le troisième et le plus long des doigts de la main. Mais, il est exact aussi que nous ne parlerons pas du tout de cela ici ! En effet, tous les enfants et adolescents de moins de dix-huit ans ne rentrent pas tous les soirs (ou au petit matin) noirs de charbon, comme dans Germinal (Emile ZOLA). Heureusement … Par ailleurs, devenir majeur, ce n’est pas non plus se métamorphoser, le jour de ses dix-huit ans, en doigt géant ! Ca ferait d’ailleurs un peu vulgaire en cas d’altercation par exemple, non ?

Mais, soyons un peu sérieux, ce passage de l’état de mineur à celui de majeur n’est pas forcément aussi simple. Bien sûr, il y a les droits : passer son permis de conduire, voter … Mais, comme souvent, pour qu’une société humaine puisse tenir un minimum, des devoirs y sont liés. Ainsi, devenir majeur, c’est, réellement et du jour au lendemain, changer de statut au regard de la loi. C’est ne plus encourir les mêmes peines : comme vous le savez certainement, elles sont plus lourdes quand on est majeur ! Même si subsiste la distinction entre la lettre et l’esprit de la loi, il y a véritablement un avant et un après très clair, déterminé par la date de naissance.

Et pourtant, on ne se métamorphose pas psychologiquement du jour au lendemain. En effet, on ne change pas d’état d’esprit subitement. La maturation est un processus qui peut être plus ou moins lent, mais qui est de toutes façons progressif : l’individu mûrit à son rythme. Ce qui signifie – et vous pouvez très bien l’observer par vous-même autour de vous – qu’on peut « être adulte dans sa tête » avant dix-huit ans, ou au contraire, être complètement irresponsable et immature après dix-huit ans. C’est comme ça …

Comme nous l’avons dit, les conséquences sur le plan juridique ne sont pas les mêmes. De même, sur le plan social, relationnel, les choses sont plus compliquées. Difficile, en effet pour un adolescent de dix sept ans, de faire comprendre à des parents anxieux ou démunis devant leur petit bébé chéri - devenu, « si rapidement », un géant d’un mètre quatre vingt cinq, chevelu, barbu et percé de toutes parts – qu’il ne rentrera pas ce soir parce qu’il dort chez sa copine ! Là, c’est une question aussi de confiance : il est vrai que ce jeune homme n’a pas le droit de faire ce qu’il veut, qu’il est mineur et que ce sont donc ses parents qui sont responsables. « Tu restes là ce soir : tu feras ce que tu voudras quand tu seras majeur », pourraient-ils lui dire. Mais, il est évident que – même si la loi reste la loi - tout repose sur la relation établie avec les parents. Là, le mineur (mais non, pas celui qui travaille dans la mine !) peut temporiser, discuter, préparer ses parents s’il est « responsable ». Mais, il peut aussi, ce mineur, rompre toute discussion et … utiliser l’un de ses doigts (mais non, pas le pouce !) pour régler ses comptes avec ses parents.

Ceci est très important, parce que, à cet endroit, le problème juridique réapparaît. Si cette scène se produit le jour des dix-huit ans du jeune homme, c’est une simple sortie nocturne : il « découche ». Par contre, si le mineur sort quand même et que ses parents, inquiets, irrités ou désarmés, le signalent à la Police, c’est une fugue. A quelques mois près, les événements sont identiques, les conséquences non !

Tout cela pour attirer votre attention sur le fait que majeur et mineur ne sont pas des étiquettes très claires qui permettent d’évaluer la maturité ou le degré de confiance à accorder à une personne. En revanche, la justice en tient largement compte et cela, majeurs et mineurs doivent précisément faire preuve de maturité pour y penser : un bon début pour une vie d’adulte de toutes façons …

  • Mise en ligne le 3 juillet 2008
  • Dernière modification le 31 juillet 2008