Personne ne m’aime !

« Personne ne m’aime ! »

ou : de la difficulté à s’intégrer dans un groupe

« Mais pourquoi moi ? »

Peut-être, pour aucune raison identifiable au départ, mais simplement parce que l’on est différent(e) : un accent étranger, un détail physique remarquable, un nom de famille qui prête à la moquerie, un léger surpoids, tous les prétextes sont bons. Quand on est nouveau / nouvelle, fragilisé(e) par une situation familiale, ou simplement peut-être un petit peu plus sensible que la moyenne, les risques sont encore plus importants.

Ca commence par une « vanne » bien envoyée à la récréation ou pire, en classe, une rumeur lancée plus ou moins au hasard. Et pour peu que cela soit repris par les fortes personnalités de la classe, voire de l’établissement, c’est parti pour plusieurs semaines ou davantage de stress quotidien.

C’est un cercle vicieux : les réflexions désagréables, l’exclusion systématique des activités à plusieurs (« Ah non, on la prend pas dans notre équipe ! ») vont donner soit encore plus envie de raser les murs et de disparaître, soit de répondre sur un mode agressif qui ne va rien arranger - bien au contraire.

C’est une souffrance réelle, souvent peu reconnue ; pourtant, elle entraîne déprime et découragement, maux de tête et de ventre avant de partir en classe, stress, et parfois difficultés de concentration. Si on commence à avoir l’impression qu’on ne s’en sortira jamais, ou que cela dure depuis trop longtemps, c’est qu’il est temps d’en parler à un adulte de confiance, d’abord pour se sentir moins seul(e), puis pour réfléchir ensemble à la façon d’améliorer la situation.

« Mais qu’est-ce qui leur prend ? Je ne leur ai rien fait moi ! »

Non, sans doute. Mais ce qui fait vivre un groupe – une classe, une équipe, etc. – c’est de se rassembler autour d’un certain nombre de points communs ou de ressemblances. Joueurs d’une même équipe de foot, militants d’une même tendance politique, ça fonctionne toujours de la même façon : l’ennemi, c’est l’autre, celui qui ne vit pas pareil, ne pense pas pareil… c’est vrai dans toutes les communautés humaines, et plus encore à l’adolescence. Quelquefois c’est le fait même de s’unir contre quelqu’un qui va souder le groupe, lui donner une identité. Ce sont des phénomènes connus, contre lesquels il est très difficile d’aller.

D’un groupe à l’autre, il peut s’agir de la façon de s’habiller, de la musique qu’on écoute, des résultats scolaires (gare aux trop bons élèves !), du comportement qu’on adopte vis-à-vis des adultes… Est-ce que ça veut dire qu’il faut renier tout ce que l’on est ou tout ce que l’on aime pour s’y intégrer ? Non, et heureusement ! Mais il y a parfois un juste milieu à trouver.

Et puis, si l’on peut ressentir, quand on est dans cette situation, le groupe comme une « masse » uniformément hostile, ce n’est jamais le cas. Le plus souvent, il y a deux ou trois « grandes gueules », et une majorité silencieuse, qui ne réagit pas parce qu’elle a peur des précédents mais peut-être aussi simplement par indifférence. C’est parmi ces élèves-là que l’on peut alors trouver des alliés ; il suffit parfois d’en apprivoiser un (c’est toujours moins difficile d’aller à la rencontre d’un seul), puis deux, puis trois… pour se sentir enfin à nouveau en sécurité, et qui sait, inverser la tendance ?

  • Mise en ligne le 15 septembre 2008
  • Dernière modification le 15 septembre 2008