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L'angoisse de séparation

Mardi, 08 Novembre 2005 11:33
L'angoisse et la séparation sont deux mots pas très réjouissants, alors quand on les met ensemble ça donne quoi? Ça donne l'angoisse de séparation, concept psychanalytique normal, mais qui peut devenir pathologique parfois. On s'explique.

L'angoisse de séparation normale est dite « développementale » en jargon psy. Ca veut dire qu'elle constitue un repère fondamental et nécessaire dans le développement de l'enfant. Elle apparaît vers l'âge de 8 mois et disparaît progressivement à partir de 18 mois. Ensuite elle ne subsiste que de façon inconsciente. Par cette étape du développement, l'enfant apprend à rechercher les personnes qui le rassurent, l'apaisent, il fait la distinction entre les personnes connues et les « étrangers ». Il apprend à sélectionner ceux qu'il aime de ceux qui lui font peur, à discriminer, comparer, différencier, choisir, faire confiance, être stable... Il va remplacer les êtres absents qui lui manquent en se les représentant mentalement. Ceci va constituer les bases de ce que l'on appelle l'attachement, autre concept décrivant les liens affectifs indispensables pour qu'un être humain se développe.

L'angoisse de séparation peut devenir pathologique lorsque l'enfant n'arrive pas à gérer la séparation d'avec les personnes auxquelles il est attaché. Il n'arrive pas à trouver en lui les ressources pour pallier l'absence. L'enfant, dans son imaginaire, craint d'être abandonné par l'être aimé (sa mère en général).

Et à l'adolescence ça se passe comment?

Chacun est aussi confronté à des angoisses de séparation. A la différence de l'enfant (pour qui elles sont la plupart du temps imaginaires), ses angoisses peuvent être en lien avec des situations réelles et vécues : séparation amicale, amoureuse, déceptions diverses, deuil.... 
On vit une période de changements intenses dans lesquels on est impliqué plus ou moins fortement. On doit abandonner son statut d'enfant pour négocier celui d'adulte. Comme dans tout changement, on sait ce que l'on perd et on ne sait pas ce que l'on va gagner. On peut avoir des difficultés à gérer cette crainte de la nouveauté.

On va devoir se séparer petit à petit du giron familial. Cette première vraie séparation est la clé de voûte de cette période si particulière. On va se détacher peu à peu de l'autorité parentale qu'on connaît et qui nous rassure. C'est pour cette raison qu'à cette période, on s'attache souvent à un « parent de substitution » qui va nous permettre de franchir cette étape : amitié exclusive, squatt d'un lieu favori, bande de copains, histoire d'amour intense, admiration d'un adulte emblématique...
Cependant, on n'est jamais totalement rassuré, au fond de nous subsiste toujours la crainte de se retrouver abandonné. Vivre une séparation réelle nous renvoie à cette angoisse primaire qui était normale dans la petite enfance et qui ne nous a jamais vraiment quitté. On se retrouve comme le bébé, envahi par une angoisse dûe à la solitude et à ce qui nous est étranger. Grandir c'est acquérir la capacité de trouver en nous les ressources pour faire face à cet état. Quand on parvient à gérer cette angoisse de séparation, l'élan vital reprend le dessus et nous pousse à créer d'autres liens sociaux, amicaux, etc.

Et quand ça se passe mal?

L'angoisse de séparation peut être pathologique. L'exemple le plus clair est celui du deuil. Ici la séparation est réelle : décès d'un être cher. Cette séparation nous renvoie directement au sentiment d'angoisse que nous avons vécu quand nous étions bébé. C'est la manière dont nous avons vécu cette étape dans la petite enfance qui va nous permettre de gérer cette séparation réelle. Si dans la petite enfance cette étape a mal été vécue (par exemple les parents n'ont pas su rassurer correctement l'enfant), le décès de l'être cher va entraîner ce que l'on appelle un deuil pathologique. On ne va pas pouvoir dépasser la perte de l'être cher. Les perspectives d'avenir se trouvent bloquées, dénuées de sens. On est submergé par la tristesse, on peut se sentir mal physiquement (étouffements, pertes de connaissance, plaintes somatiques diverses). On se reproche de n'avoir pas pu empêcher ce décès, mais en réalité, on en veut à l'être disparu de l'avoir abandonné. Ce qui est normal au début d'un deuil devient pathologique quand au bout d'un certain temps on ne reprend pas le dessus.
A une échelle moindre, une rupture amoureuse peut nous renvoyer à cet état de l'enfance où l'angoisse nous envahissait à l'idée d'être séparé de l'être aimé. Comme pour le deuil, la tristesse, voire la déprime du début sont normales, mais ensuite cette angoisse doit être dépassée pour reprendre une vie dynamique et agréable.

Finalement l'angoisse de séparation permet à tout âge de s'interroger sur nos relations et de tout mettre en oeuvre pour qu'elles se passent bien. L'angoisse de séparation permet l'attachement et donc des sentiments tels que l'affection et l'amour. Quand l'angoisse est trop prédominante et nous empêche d'investir de nouvelles relations, il faut peut-être penser à demander de l'aide ailleurs, comme par exemple en allant consulter un psychologue.
Mise à jour le Jeudi, 14 Avril 2011 14:06
 


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