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Quitte ou double?

Vendredi, 24 Juin 2005 16:48

Le redoublement dans la scolarité est un sujet qui fait couler beaucoup d'encre. Appliqué de différentes manières selon les pays, il suscite en France, de nombreux débats houleux quant à son (in)efficacité. Sans entrer dans le débat des « pour » et des « contre », on peut quand même parler de ce que ça fait de redoubler car ce n'est jamais anodin, même si devant les copains on fait croire qu'on n'est pas affecté.

Le redoublement touche en premier lieu l'image de soi. Bien que vécue différemment par chacun, cette «sanction», souvent douloureuse, signe un sentiment d'échec. L'estime de soi s'en trouve affectée et le jeune concerné peut, à la suite de cette annonce, se trouver « nul », « bon à rien » et sans avenir. Il y a une période de découragement qu'il faut affronter. Et ceci est d'autant plus difficile que la honte vient souvent s'y ajouter. Honte d'avoir déçu ses parents, honte devant les copains qui eux, passent en classe supérieure, honte devant les plus jeunes que l'on va retrouver dans la classe l'an prochain et qui eux n'ont jamais redoublé, honte d'être étiqueté le « redoublant », honte devant les profs qui vont sans arrêt nous rappeler nos échecs de l'an passé.....

Pour d'autres, c'est le sentiment d'injustice qui prédomine. Dans ce cas, c'est le système éducatif qui est mis en cause et le jeune se refuse à reconnaître sa part de responsabilité dans ce qui lui arrive. Devant les copains, il « s'en fout », de toute façon « le bahut c'est nul », « ça mène à rien sauf au chômage » etc... Il y a comme un déni de la grande douleur que l'on ressent face à cette humiliation. Mais la douleur est quand même là. Trouver un responsable allège la souffrance. Lui attribuer tous les torts permet d'extérioriser et d'identifier la source du mal-être.

Enfin il y a les élèves qui ont connu des problèmes particuliers durant l'année, comme la maladie, le deuil ou un divorce. Ils n'ont pas pu se concentrer sur leurs études car leur esprit était envahi par les difficultés de la vie. Le redoublement, même s'il reste difficile à accepter, est tout de même mieux compris par ces élèves qui y voient aussi l'occasion d'être performants l'année suivante quand leur environnement personnel se sera apaisé.

Pour diminuer un peu tous ces sentiments négatifs, pourquoi pas essayer d'optimiser cette « mauvaise nouvelle » et de la transformer en opportunité de réussite? Des études montrent que si le jeune est impliqué dans la décision de redoublement, ses progrès l'année suivante seront manifestes. A l'inverse, un jeune qui se complaît dans un sentiment de punition ou d'injustice fera des progrès moindres.
L'attitude qui fera de ce redoublement une expérience positive peut se traduire par divers moyens. A la rentrée suivante, on connaît déjà le programme, les profs, les lieux. On peut se présenter aux élections des délégués de classe ce qui aide souvent à reprendre un peu confiance en soi. Certains points du programme de l'année précédente sont acquis donc on peut se rendre disponible pour aider ceux qui sont en difficultés la deuxième année. Avec du recul, beaucoup affirment que redoubler permet de mûrir, de combler des lacunes, de mettre en place des projets d'études. Et qu'en grandissant ça reste juste un (mauvais) souvenir. Beaucoup de redoublants sont d'ailleurs allés loin dans leurs études supérieures!

Avec les parents c'est l'occasion de rétablir la confiance, de renouer le dialogue. Ils sont blessés dans leur amour-propre mais c'est parce qu'ils sont à la fois en colère contre leur enfant qui redouble et en colère contre eux-mêmes car ils pensent de pas avoir su l'aider à réussir. Un redoublement n'est jamais un événement surprise. Il est le résultat d'une année chaotique et difficile, voire de plusieurs années, ponctuées par des mises en garde de la part des profs. Avec les parents on peut faire le point sur les matières difficiles à assimiler, sur la manière la plus intéressante de faire ses devoirs, d'organiser son temps libre... On peut essayer de comprendre ce qui n'a pas fonctionné cette année afin de changer l'année suivante. On peut passer un contrat moral : « tu redresses tes résultats scolaires et en contre-partie on t'autorise à pratiquer telle ou telle activité, ou à sortir le samedi soir etc....
Si le redoublement est à première vue un échec, il peut tout à fait être transformé afin de devenir une réussite. On doit se l'approprier et en comprendre les enjeux afin qu'il nous apporte l'année suivante, confiance en soi et motivation pour l'avenir.

 


Mise à jour le Lundi, 10 Mars 2008 16:16
 


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