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Publié le , Modifié le 5 mai 2015

Handicap moteur et classe prépa : vous avez dit « absurde » ?

Handicap et classe prépa : silence, on discrimine 2 !

Tiers temps : Temps supplémentaire accordé à un écolier/ étudiant handicapé pour ses évaluations et examens(y compris le bac et toute épreuve officielle) équivalent au temps de l’épreuve divisé par trois.

Kholle/colle  : entretien oral noté de 20/30 minutes face à un professeur qui ont lieu une fois par semaine pour les étudiants en classe préparatoire et qui nécessite souvent une préparation écrite antérieure.

J’ai aujourd’hui 21 ans, je suis handicapée de naissance. Je souffre de dyspraxie-visuo spatiale. Ce handicap méconnu cause d’importants problèmes manuels. Il gêne dans l’acquisition et la reproduction de certains actes manuels jugés « simples » comme faire ses lacets, mettre sa fermeture éclair de blouson, ses chaussettes, mais aussi nager, conduire… Tout acte manuel/physique nous pose problème. Les spécialistes l’appelle « le syndrome de l’enfant maladroit ». Il pose aussi d’importants problèmes d’organisation, de fatigabilité et de lenteur. J’ai aussi un strabisme qui me donne une très mauvaise vue. Je suis aussi dysgraphique, ce qui signifie que je ne peux pas écrire manuellement et que j’ai absolument besoin d’un ordinateur et d’une imprimante pour mes cours, pour les examens…. Enfin, j’ai un « syndrome de Little qui raidit mes jambes et me fait boiter.

Je reprends le titre d’un article lu sur ZEP , écrit par Mélanie qui évoquait ses difficultés en fac en tant qu’étudiante handicapée. Je me suis pas mal retrouvée dans cet article car j’ai vécu des expériences analogues. A ceci près, que je les ai vécues… en classe prépa. Eh oui,que ce soit en faculté ou en classe prépa, un élève handicapé a les mêmes chances… de subir la discrimination !

Pourtant, j’avais largement les capacités… Malgré mon handicap j’avais suivi jusqu’alors une scolarité en cursus « normal », sans anicroche durable ni redoublement. Je suis même bonne élève. Après un bac général avec mention TB et une moyenne générale tournant autour de 15-16 j’aurais mérité (du moins,il me semble) qu’on ne me mette pas de bâtons dans les roues dans mes études sup…

Ah, ah, ce serait trop facile !

Top 5 de mes expériences en classe prépa :

1) La visite chez l’infirmière scolaire :

Ah, ces gens qui ne connaissent rien au handicap mais qui essaient quand même de nous faire croire qu’ils y sont spécialistes ! C’est ce que faisait cette infirmière scolaire, tout en me sortant plusieurs inepties sur le sujet et en pensant que j’étais dupe. Mettons les choses au clair : je trouve normal que les gens ne connaissent pas mon handicap, étant donné qu’il est méconnu. Mais quand vous ne savez pas, admettez-le, ne faites PAS SEMBLANT !

Et puis, aaarg ! ce manque de tact absolu ! Cette phrase mythique : « Vous savez mettre votre soutien-gorge ? »

Oui, oui, vous ne rêvez pas. Elle m’a vraiment demandé ça. A une jeune femme de dix-huit ans (oui, je suis une femme, même si je suis handicapée) qu’elle connaissait depuis à peine dix minutes.

Alors, oui, comme je l’ai expliqué plus haut, mon handicap me cause des problèmes pour effectuer certains actes manuels jugés « simples »… Dans l’absolu, mettre un soutien-gorge POURRAIT donc être un problème.

Mais :

1) Si elle s’y était connue autant qu’elle le prétendait, elle aurait su que la plupart des gens souffrant de mon handicap parviennent à venir à bout de ces difficultés dans les 1ères années de leurs vie, grâce à la rééducation. ça faisait donc belle lurette que je savais mettre des chaussettes, une fermeture…et un soutien-gorge !

2) Si je n’avais pas su m’habiller seule, il est évident que j’aurais choisi une solution de logement autre que l’internat de la classe prépa (mon adapatation à l’internat était l’objet du rendez-vous, et ce fût une réussite, comme vous pourrez le voir par la suite…)

3) Et SURTOUT, surtout : N’importe quel autre exemple, comme ceux que j’ai cité plus haut, aurait pu être choisi pour « mesurer mes difficultés » manuelles . N’importe quoi qui fasse un peu moins intrusion dans ma plus stricte intimité ! Alors POURQUOI, POURQUOI a t-elle choisi de parler de soutien-gorge plutôt que de lacets ou de fermeture éclair ???

2) Ces comportements de profs

A un prof de prépa qui me questionne sur mes projets d’avenir, je commet l’erreur d’avouer que je veux être journaliste.

« Mais, pour être journaliste,il faut savoir bien lire ! » dixit le prof de prépa littéraire

Oui, vous avez bien lu : j’étais en classé prépa littéraire… On pourrait, donc éventuellement deviner que je n’ai aucun problème avec la lecture. Éventuellement, hein ? Mais, je suis handicapée, j’oubliais ! On m’a probablement admise parce que je faisais pitié…

3) Problème d’accessibilité.. sans fauteuil

Je passe sur les tiers-temps qui n’étaient accordés QUE dans de mauvaises conditions. De ces samedis où je devais finir mes DS de huit heures (6 + 2h de tiers-temps) chez moi après une coupure de plus d’une heure(le temps du trajet), faute d’avoir, malgré mes demandes, une salle où les terminer directement sur place. De cette professeure, qui « coachait » mes camarades à l’aide de grands sermons très bruyants pendant mon tiers-temps en refusant par ailleurs, de m’accorder une salle où j’aurais pu finir mon épreuve dans un silence correct… Je passe aussi sur les imprimantes de l’établissement… Ces imprimantes dont on m’avait juré que je pourrais les utiliser sans problème . Et à CINQ minutes d’une kholle, on m’apprend que lesdites imprimantes n’ont pas de feuilles et qu’il faut « apporter les siennes » ! Et après dix minutes à chercher, en vain, une feuille, on me dit que « Ah, bah, de toute façon, il y a plus de cartouches d’ancres ! « Imprimantes, qui, par la suite, n’ont jamais été utilisables

4) Le harcèlement scolaire

On pourrait croire qu’en classe prépa, les professeurs comme les étudiants sont des intellectuels éclairés, des gens ouverts et tolérants qui connaissent et comprennent plus de choses que la moyenne… On pourrait croire…

Sauf que, les personnes avec qui je partageais ma chambre d’internat n’ont JAMAIS ,malgré mes explications, l’intervention de mes proches… voulu comprendre la nature de mes difficultés.

Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’inconvénient à vivre avec moi au quotidien. Vous connaissez beaucoup de personnes handicapées qui ne présentent pas, à un moment ou un autre, de contraintes pour ceux qui vivent autour d’eux ? C’est malheureusement notre lot dans la vie.

Eh bien, les personnes avec qui je vivais avaient l’air de penser que je faisais exprès de « leur pourrir la vie » et qu’avec un peu d’efforts j’aurais pu correspondre à la normalité et leur épargner toutes les contraintes que mesdemoiselles ne pouvaient souffrir. Elles
m’ont bien fait comprendre que je les gênais, que je ne faisais pas partie de leur petit monde privilégié et protégé. L’une d’elle a déclaré en guise d’excuse qu’elle n’avait pas « l’habitude de vivre avec des gens comme ça ». J’ai apprécié.

Alors, elles m’ont « faite une réputation », disant partout que j’étais sale, que je ne me lavais pas(oui, parce que handicapé = sale…), menacé de me « mettre la tête dans les toilettes ». Au bout de quelques mois, à peine, des personnes qui ne me connaissait pas, refusaient de s’asseoir à ma table, de me parler, s’écartaient de moi comme d’une pestiféré. J’ai commencé à sécher les repas et à manger seule dans la chambre pour éviter ça. J’ajoute à cela, des moqueries par des lycéennes de l’établissement qui s’amusèrent chaque fois qu’elles me croisait à imiter ma démarche (mon handicap me fait boiter).

Je me suis plainte, bien sûr. Savez vous quel on été les réactions des responsables de l’établissement ? Le CPE a prétendu que « j’imaginais des choses », ou que j’ « exagérais ». Non, personne ne se moquait de moi, j’avais une tendance à la « paranoïa ».
Je n’oublierais jamais la SEULE réaction que j’ai obtenu lorsque j’ai rapporté les menaces de me mettre la tête dans les toilettes :

-Eh bien, ça à dû être un moment particulier pour vous ! »

De mon coté, je faisait tout depuis le mois d’octobre, pour obtenir une chambre individuelle. Qu’on me refusait systématiquement sans motif réellement consistant. On évoquait la « sécurité ». Et puis, j’ai menacé de porter plainte. Le moyen de faire autrement ? Et là, j’ai enfin obtenu la chambre individuelle que je réclamais depuis des mois ! Où était passé le « problème de sécurité ? Sais pas. Seul petit détail : on était en…mai ! Il me restai un malheureux mois à faire. Vous avez dit « absurde » ?

5) On dépasse la frontière de l’absurde

Seulement, de manière totalement ridicule, la CPE décida alors que je ne savais pas régler un réveil et que sans la présence de mes camarades dans la même chambre,je ne saurais pas m’éveiller à l’heure. J’eus beau lui répéter que c’était tout à fait dans mes compétences (18 ans, en prépa…) , rien à faire. Donc tous les matins, une surveillante faisait irruption dans ma chambre à sept heure tapante… Problème ? Même en prépa, on ne commence pas tous les jours à 8 h. Et, les heures de sommeil sont primordiales. Il était donc d’usage chaque fois qu’on commenaçait plus tard de « sécher » les petits-déjeuners du self pour pouvoir dormir quelques heures de plus. On faisait ou achetait nos petits-déj nous-mêmes, dans ces cas-là… Sauf, que ces précieuses heures de sommeil… désormais je n’y avais plus droit puisque la surveillante déboulait tous les jours à l’aube sans raison valable… Représailles ? Manière de m’user psychologiquement et de me pousser dehors ? Aujourd’hui, je me demande…

Conclusion : Je me suis accrochée tant que j’ai pu et j’ai obtenu ma 1ère année de prépa avec mention B. Mais, la seconde année fut perdue. Car, il n’était évidemment pas question que je retourne à l’internat. Ne pouvant pas prendre un appart seule, je fus obligée de me résoudre à faire les trajets chaque jour entre mon logement et la classe prépa. Au bas mot, 2 heures de trajets par jour pour une personne plus fatiguable et plus lente au travail qu’un autre. C’est vite devenu impossible. J’ai perdu le rythme, et j’ai échoué en seconde année, des conséquences directes de la première. Aujourd’hui , je témoigne parce que je suis encore en colère pour tout cela et afin que ce genre de chose n’arrivent plus.

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3 réflexions au sujet de « Handicap moteur et classe prépa : vous avez dit « absurde » ? »

    • Bonjour,
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      A bientôt.
      L’équipe Fil Santé Jeunes

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  1. Je te comprends tout à fait dans ton témoignage. J’ai aussi un handicap moteur accompagné d’un autisme « léger », assez léger pour que personne ne le remarque. On m’a diagnostiqué ses troubles lorsque j’étais 5ème alors que ma mère, depuis mes trois ans, insisté à ce que j’ai de l’aide médical mais toutes médecin ont dit que j’étais simplement une enfant très réservé. Passé le diagnostic, ça n’a pas vraiment changé. J’ai des professeurs qui voyait mon handicap comme un simple problème « genre je n’aurais jamais une bonne note en sport ». Ce qui est faux. Oui, le sport n’est pas mon truc ,mais il me faut du temps pour comprendre un exercice de maths, de français etc…mais tout le monde s’en fichait. Le lycée a été pire que le collège. Tout d’abord, parce que je voulais faire un bac pro couture et dans mon dossier scolaire; on avait spécifié mon handicap. Mais à mon inscription, ça n’a dérangé personne. Mais, au mois de novembre, il y a eu la medecine scolaire et pâtratra…. plus de bac pro couture. C’était horrible! J’ai passé une année de seconde à rien faire , toujours obligé d’aller au lycée. Après, j’ai fait une seconde secrétariat mais, j’ai fait un décrochage scolaire. Le secrétariat c’était fatiguant. J’allais en cours, mais j’en avais marre. Par contre j’avais de l’aide , mais (je suis désolé) les femmes qui m’aidaient avait du mal à comprendre mon handicap et me traiter parfois mal. (je dois rajouter que j’ai eu un décrochage scolaire à partir de la 6ème à cause des moqueries de mes camarades. J’avais du mal à travailler et très peu d’amis).
    Tout ça pour dire que le meilleur handicap en France, c’est être en chaise roulante. Les autres ils connaissent pas ou ils s’en fichent complètement.

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