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Publié le , Modifié le 3 juillet 2014

Trouver une oreille (pas de boucherie, s’il vous plaît)

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Je ne sais pas ce que j’attends en postant mon histoire ici. Peut-être que j’espère que quelqu’un se reconnaîtra en moi ? Ou peut-être tout simplement que ça flatte mon ego de savoir que quelqu’un le lira, peut-être. C’est jouer avec la pudeur : se mettre à nu et ne pas dévoiler son nom, étaler ses mots et ne pas signer son œuvre.
L’arrangement me convient parfaitement.

Voici donc le véritable commencement, le paragraphe ci-dessus n’étant qu’une ramassis d’idioties que mon esprit narcissique n’a pas jugé bon d’amputer au témoignage. S’il faut préciser, je suis une gentille jolie, intelligente et modeste jeune fille.
Familialement… Eh bien, pour un œil extérieur, tout a toujours été parfait, officieusement, il n’y a jamais eu d’unité. Un père qui fut mon héros pendant mes premières années, et pour cause ! N’étant là que très peu souvent, il n’a pas eu l’occasion de me décevoir. Il a eu son premier et unique enfant (du moins à ma connaissance) très tard. Il a pris sa retraite quand j’avais 11 ans, pour vous donner une idée. Et une mère, ah quelle mère ! Elle aussi, elle était très bien, vue de l’extérieur. Elle non plus, elle n’était pas souvent là. Parfois, c’était physiquement qu’elle était absente. Elle allait chez sa mère -ma grand-mère, donc- ou bien, elle faisait un petit séjour à l’hôpital. Mais quand elle était à la maison, elle n’en était pas plus présente. Son esprit était ailleurs (comprenez : elle souffrait de troubles d’ordre psychologique). Ce à quoi s’ajoutaient une légère dépendance à l’alcool et une très sérieuse addiction à la nicotine. Elle est décédée quand j’avais 12 ans. Cancer du poumon. A ma grande honte, je n’éprouve aucun “vide immense”, aucun “manque terrible à surmonter”, et je n’ai reçu qu’à contre-cœur toutes les “sincères condoléances”. J’étais très… prosaïque, éloignée des beaux sentiments qu’on m’attribuait. Aujourd’hui encore, j’ai du mal à mettre des mots sur ce que je ressens à l’égard de ma douce Maman.
Ce petit tableau de ce que je n’ose pas appeler mes parents a certaine une importance pour la suite. Si je me trompe, j’espère que c’est aussi divertissant à lire que j’ai pris de plaisir à cracher mon fiel. On peut tout au moins en déduire que nous sommes pour le moins… désunis.

Si je me souviens bien, j’ai toujours été très timide. Pas juste introvertie, vraiment timide, d’une timidité maladive. Quand je vois quelqu’un à qui j’ai envie de parler, je suis clouée sur place, incapable de prononcer un mot; ou alors, juste de dire, d’une toute petite voix aiguë “Bonjour”. Intérieurement, c’est comme être écartelé. Entre cette partie de soi qui rêve d’extériorisation, qui ne demande qu’à s’écouler en flots logorrhéiques; et cet autre soi qui n’ose pas, non, ne PEUT tout simplement pas.
J’ai bien eu un ami, ou deux, peut-être. Mais les autres enfants me trouvaient trop étrange, bizarre. De toute façon, j’étais “l’intello” -insulte très sympa au passage, mais qui ne m’a pas fait rire sur le moment. Et je suis entrée au collège. Toujours plus de gens, toujours plus de visages inconnus, et potentiellement menaçants.
C’est aussi à ce moment-là qu’est survenu le décès de ma mère. Je crois que c’est le concours de circonstances qui m’a fait plonger dans une période assez glauque, et ceci sans m’en rendre compte. J’étais morbide et très désagréable, ce qui m’a encore plus éloigné des autres, si c’était possible. Je m’en suis plutôt bien sortie avec ces idées noires, jusqu’à ce que je réalise à quel point elles étaient malsaines.

Alors j’ai décidé de me reprendre en main. 14 ans, et déjà en reconstruction, génial ! Au début, je m’en sortais plutôt bien. Je me dégoûtais moi-même, mais j’arrivais à alterner les périodes de larmes et les heures où je devais déborder de joie de vivre. Je ne pouvais parler à personne, même pas à ma meilleure amis. C’est une fille qui a un très bon fond, et je lui aurais fait plus de mal qu’autre chose, d’autant plus qu’elle ne savait pas ce qui se passait à la maison. Je n’avais pas envie que quelqu’un d’autre que moi souffre alors que j’étais la seule responsable.
Comme je n’ai pas d’amis, je surfe souvent comme une âme en peine sur internet pendant que d’autres organisent des sorties. J’ai rencontré tout à fait par hasard une fille qui, comme moi, souffrait en silence. Ça n’a pas été la révélation magique ou quelque chose de ce genre. Au début, on se méfiait beaucoup l’une de l’autre. On ne s’est pas non plus tout de suite dit ce qu’on avait sur le cœur, mais même sans savoir… Quand on envoie perpétuellement des SOS que personne ne comprend, on reconnaît tout de suite un autre naufragé quand on le croise. Alors, on s’est apprivoisées, en discutant de choses et d’autres, des futilités. On a découvert qu’en plus du rejet de, et par l’autre, on avait plein de points communs. Constance et moi, ça fait bientôt deux ans qu’on parle ensemble, maintenant. De l’avis général, je me suis épanouie dans ce laps de temps.

Je n’ai certainement pas été claire (j’ai plus écrit pour moi que pour être lue, je crois), alors je vais essayer de synthétiser. Le message que j’ai voulu faire passer, le truc bien bateau, vous voyez. ^^
L’idéal, quand on est seul et au bord de la dépression, c’est de trouver quelqu’un pour en parler. Mais c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire. Ce qui m’a aidé, outre le fait de parler avec quelqu’un qui partageait mon expérience, c’est l’approche textuelle. Ça peut paraître bête comme ça, mais le fait d’écrire, d’avoir le temps de choisir tel mot, de se demander comment reproduire telle impression… C’est quelque chose de très positif. Mettre des mots dessus, c’est un peu dominer son mal-être. En parler au passé, c’est très symbolique, mais c’est aussi se dire “Demain sera meilleur.”

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3 réflexions au sujet de « Trouver une oreille (pas de boucherie, s’il vous plaît) »

  1. Ta plume est belle et ton humour est excellent, j’ai du respect pour ton attitude
    Je ne te connais pas vraiment mais ton message montre une personne intéressante.

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  2. bonjour, je suis très émue par ton témoignage. Je te remercie de nous faire partager ton histoire. Je te trouve très courageuse, en tout cas tu m’a redonner un peu de courage, je me reconnais un peu dans t’es mots, je me rend compte que je ne suis pas seule.. 😥 :rose:

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  3. Bonjour, je voudrais juste remercier la jeune fille qui a partagé son parcours avec nous. Je suis la belle mère d’une jeune fille au parcours difficile. je l’aime et la vois se renfermer de plus en plus mettant en péril la relation qu’elle a avec mon fils. Je ne peux intervenir dans leur relation mais par contre je ne me résous pas à la laisser tomber. J’ai l’impression que ces quelques lignes peuvent la toucher au point d’oser croire en des jours meilleurs, mais aussi croire à la richesse de certaines rencontres pour qu’elle puisse avoir confiance en elle même, en la vie et en tout ce potentiel qu’elle a pour être maintenant heureuse. Merci d’avoir oser et fait l’effort de ce partage.

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