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#61889
coquelicot

    Bonsoir,

    Je suis une jeune fille âgée de 14 ans, et j’écris ici aujourd’hui pour vous parler de mon expérience.

    Tout a commencé en primaire, j’étais une jeune fille très timide et introvertie dans une petite école de campagne où tout le monde se connaissait.

    J’ai mis beaucoup de temps à faire des connaissances, et même, je ne leur parlai pas beaucoup et souvent les gens m’évitaient, parce que je n’étais pas souriante, avenante, rigolote au premier abord. J’étais tout le temps toute seule, même chez moi étant donné que ma mère travaille beaucoup et que mon père.. est un peu spécial.

    J’ai une grande soeur mais on ne se parlait pas à ce moment-là. Je ne souriais pas jamais parce que je ne ressentais pas de bonheur, le matin je me levais en me demandant tous les jours pourquoi. J’ai compris que j’étais dans une dépression infantile. Puis un jour, ma voisine se su*c*d€. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me poser des questions comme : et si moi aussi je partais, il y aurait qui à mon enterrement ? Qui pleurerait ?
    Plus le temps passait, plus j’avais l’impression d’être née pour vivre seule. J’ai commencé à penser au suicide, à la mort et à en avoir envie.

    Puis vient le confinement en 2020, une totale déconnexion avec mes camarades de classe qui n’étaient vraiment pas gentils avec moi. Puis étonnamment une soudaine complicité avec ma grande sœur. Elle est vite devenue mon soleil, mon miracle qui m’a sortie de cette détresse profonde.

    Puis je rentre en 6eme, je me fais des amis, je deviens vite l’une des plus populaires de ma classe (à tel point que pour moi c’est une revanche de la vie) mais tout se brise lorsqu’on commence à me juger sur mon acné, ma manière de m’habiller (je cite « comme une pute »). Les jugements commencent vite à remplir mon quotidien à tel point que je commence à complexer sur moi, ma personnalité, sur mon corps, en bref sur tout.

    Je réussis tout de même à passer en cinquième, et par pur hasard je me retrouve avec des camarades de primaire en classe de 5eme. Cette année-là j’ai décidé que c’était l’année du changement : je me suis coupée les cheveux (grosse erreur puisqu’au final, la coupe ne m’allait pas et tout le monde m’appelait « Dora l’exploratrice », oui j’avais fait une coupe au carré.) Puis s’ajoute à ça les problèmes de santé de mon père : une paralysie faciale, une pelade totale. Une année très difficile pour lui où je l’ai vu au bord du gouffre, se résumant à « Ah mais tu comptes essayer de vaincre ta maladie ? » (Mais il a déjà essayé pauv’ débile, oui ça sent le vécu.)
    Le harcèlement quotidien que je subissais en primaire revient (toujours avec les mêmes personnes) mais cette fois-ci en 5eme. Je me rends compte que mes amis les plus proches sont les plus hypocrites « Ah on est mieux sans Coquelicot (il a pas dit mon pseudo mais mon prénom à la base), phrase de mon harceleur pendant que j’avais le covid et que ma meilleure amie d’enfance confirme. Ça a été une année dure (très dure !) car elle a été marquée par mes retrouvailles avec mes démons, se prénommant « Pensées suicidaires ».

    Je passe en 4eme et en 3eme malgré tout ça encore une fois et pour moi c’est une année différente, mes harceleurs m’ont enfin lâchée et ma meilleure amie d’enfance est partie de ma vie. Mais c’est sans compter sur les soucis d’argent pour me faire kiffer cette année ! Ma mère prend des heures supp’ alors qu’elle est déjà H24 occupée. Et mon père, bah je pense que c’est à ce moment-là qu’il a commencé à déconner grave : il a fait un crédit de 10 000€ pour un camion (Spoiler alert il ne nous coûte plus cher qu’il ne nous rapporte), puis un crédit de 2000€ pour un MacBook pro super récent, 3000€ pour un écran de deux mètres. S’il achète tout ça, c’est parce qu’il est devenu auto-entrepreneur depuis quelques années mais il travaille quand même pour une entreprise d’un autre côté (sinon son revenu mensuel ne serait pas fixe). Il s’enferme dans son monde devant son ordinateur et ne peut pas le quitter pendant des heures, à part pour faire son activité d’auto-entrepreneur. Il ne fais vraiment rien d’autre que ça et ne parle littéralement jamais à ma mère, moi ou ma sœur. On a commencé à avoir des dettes envers des amis ou des membres de la famille qui nous payaient les réparations de son camion ou d’autres choses encore. Puis l’argent qu’il gagne, il se le garde pour lui puisqu’il s’est fait un compte pour lui auquel personne n’a accès (même pas ma mère). Il perd les chèques, la carte bleue et on a eu de nombreux problèmes pour faire nos courses à cause de ça. Dans ces moments-là c’est encore un membre de ma famille qui vient nous aider (plus précisément le frère à ma mère) ! Parce que j’ai l’impression que mon père vit dans un autre monde où il n’y a que lui et uniquement lui. Il ne voit pas que ma mère souffre à force de trop travailler pour subvenir à nos besoins et lui, se contente de dépenser qu’il gagne des trucs pour son entreprise ! Un mec sans couille et égoïste.

    Ces nombreux problèmes d’argent ont fait de moi une personne radine, aux yeux de mes amis puisque je ne leur achète jamais rien (normal je n’ai pas d’argent). Puis ma soeur rentre en école supérieure dans moins d’un mois et étant donné que j’habite en campagne, elle part étudier dans une grande ville universitaire : Toulouse. Elle trouve un appartement mais n’a aucun moyen de payer le loyer alors elle demande à mes parents (alors que nous sommes déjà en difficulté), et évidemment nous acceptons ! 450€ à payer en plus chaque mois et des heures supp’ pour ma mère, quoi rêver de mieux, hein ? Je nage dans le bonheur et dans les dettes puisqu’au final il y a toujours plus à payer.

    Dis comme ça, vous ne voyez pas le rapport avec le suicide. Mais voir ma mère souffrir me rend malheureuse, voir ma mère pleurer à cause de l’égoïsme de son mari me rend malheureuse, voir ma mère se tuer à la tâche toute seule. Est-ce que tout ça ne nous ferait pas plus plonger dans la misère plus que nous ne le sommes ? Tout ça me fait peur. Je ne veux pas vivre cette vie-là, je ne veux pas voir ma mère triste et souffrante, ce serait pour moi l’obstacle que je ne pourrais pas franchir.

    Je n’ai jamais essayé de me suicider mais tous les jours de ma vie je me bats contre mes pensées suicidaires. Des fois c’est très dur et les larmes sont obligés de couler et les trois petits mots de sortir « Je veux mourir. » Parce que tout me mène dans ma vie au suicide. Je peux essayer de l’empêcher de prendre le pas sur ma vie, mais pas d’être là, puisque tous mes problèmes avec ma famille et les jugements des autres, les critiques de mes amis me ramènent à cette solution sans cesse.

    C’est très dur parce que parfois j’ai peur de rechuter dans ma dépression et de ne plus jamais y sortir. Ma soeur me répète sans cesse que le suicide n’est pas la bonne solution, que je devrais arrêter de penser à ça. Mais c’est si facile à dire quand on ne ressent pas ce mal-être, d’avoir l’impression d’être de trop, d’être née pour se donner la mort. Parce que j’ai beau en parler, les réponses sont les mêmes : « Arrête de penser ça », « Ce n’est pas la bonne solution ».

    Bref, j’ai assez écrit et posé des mots sur mon expérience. Merci de m’avoir lu. Et bonne continuation à vous !

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