Répondre à : Safe place – raconter moi votre histoire si vous en avez envie :)
Bonjour,
Déjà merci à toi de proposer ce topic. Je pense que pour beaucoup de personnes il va être important. N’hésites pas à nous faire part de ton histoire aussi.
Alors, je suis une femme de 19 ans, et voici mon histoire :
Je suis née avec un appareil digestif sans IgA, ce n’est pas trop grave mais j’ai été hospitalisée 3 fois entre 3 semaines et mes 2 ans et demi. J’étais une enfant très calme et mutique jusqu’à mes deux ans. J’ai parlé très tard, mais très bien. J’étais très maladroite et me cognait souvent. J’avais beaucoup de bleu si bien que le pédiatre me demanda un jour si j’étais battue.
Je n’étais pas battue, mais probablement agressée sexuellement, déjà à cette âge là. J’ai beaucoup d’amnésie sur mon quotidien à la maison. Je ne me rappelle pas de journées normales mais seulement des moments où ma mère piquait des crises et nous frappait, nous insultait, nous torturais psychologiquement, mes sœurs et moi. Tout mes souvenirs positifs ont disparus.
J’ai été harcelée en CP et en CE1, et j’ai perdue la seule amie que j’avais. J’ai ensuite moi-même harcelée et manipulée psychologiquement d’autres enfants pour obtenir ce que je n’avais pas (cartes pokémon) du fait de mon éducation très stricte. C’est aussi à cette période là, vers 6 ans, que j’ai commencée à être agressée sexuellement par une de mes sœurs. Tout mon monde affectif (familial/ amical) s’est effondré à mes 6 ans. J’en ai encore des traces aujourd’hui. De 9 ans à 14 ans, j’ai une amnésie de cette période, essentiellement parce que je n’ai pas noté ce que je vivais dans un journal intime.
A 14 ans, j’ai eu une levée d’amnésie sur les actes de ma sœur. J’ai fais une dépression de 2 ans. J’en ai encore des traces. J’ai commencé à écrire systématiquement les périodes importantes de ma santé mentale afin de m’approprier une mémoire autobiographique. à 18 ans j’ai enfin osé regarder sur Internet la manière de qualifier les actes que j’avais subi. J’ai mis des mots sur la réalité, et les flashs-back sont devenus permanents. J’en ai parlé à mon père, puis à ma mère un peu avant mes 19 ans. Ils m’ont cru, et m’ont dit de me taire. Je ne l’ai pas supportée, ce cercle de silence, ça devait sortir, je savais que si je ne parlais pas ça allais définitivement m’achever. J’ai passé les 3 derniers mois dans une sorte de rechute dépressive. Je ne pouvais pas me laver, manger, faire le ménage, et difficilement travailler. J’ai eu des pensées suicidaires pour la première fois. J’ai compris que c’était grave, que je devais faire quelque chose, que j’allais devoir le faire seule et sans soutien, et ça m’a fait très peur, mais moins que de mourir bêtement donc j’ai commencé à me battre. C’est très fatiguant. j’ignore combien de temps ma vie sera comme ça. J’espère qu’un jour je guérirais. L’inceste à tout détruit en moi à part : ma capacité à écrire, ma capacité à courir, ma capacité à faire de la musique, et à faire des projets artistiques/ littéraires, ainsi que mon avidité intellectuelle.
On m’a répété toute ma vie que j’étais intelligente, et je crois que personne n’a jamais compris que devenir apte à comprendre ce qui m’était arrivé et la complexité de mes symptômes dès l’enfance étaient simplement vital. Je n’ai pas eu le choix de m’investir dans cette « intelligence ». C’était une question de survie.
J’aimerais que les gens réalisent que l’inceste touche 160 000 enfants chaque année. Qu’à chaque étude de plus en plus de personne réalisent qu’ils/elles ont été incestés, que la majorité des abuseurs/euses ne sont pas des pédophiles mais abusent des enfants pour répondre à un besoin de domination systématique/ à une prise de pouvoir, qui au delà de s’organiser dans un système familial, est le reflet d’un système sociétal qui répond à la loi du plus fort.
J’aimerai que la réalité de l’inceste s’ancre dans la représentation de la réalité. Et que la Justice s’y aligne. Rien que pour ça je sais que je vais m’en sortir. J’espère briser mon système familial qui compte déjà 4 agresseurs, 9 victimes, d’innombrables complices, et qui s’étend sur 4 générations. Ce n’est pas de l’utopie/ du courage/ de l’inconscience, c’est simplement vital pour moi.
Merci d’avoir lu.
Force à tous ceux qui ont vécus ce qu’aucun enfant ne devrait vivre. Dites vous que nous sommes ensemble.