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Interview sur la Jalousie : Jean Chambry, pédopsychiatre

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Jean Chambry, pédopsychiatre, s’est prêté au jeu de l’interview pour notre dossier sur la jalousie. Nous l’en remercions.

La jalousie, est-ce un sentiment normal ?

Oui, la jalousie est un sentiment qui existe chez tout le monde, dans la mesure où dès qu’on est confronté à la différence, la question va se poser de mesurer ce que l’autre a en plus ou en moins que soi. Si on a une assez bonne image de soi, on va pouvoir gérer ce sentiment de jalousie. Par contre, quand on a une vision assez dépréciée de soi, alors la jalousie peut prendre des proportions tout à fait énormes avec un vécu d’injustice du fait que l’autre aurait plus que soi-même. C’est quelque chose que l’on retrouve très facilement dans la fratrie, et c’est pour ça que c’est un sentiment tout à fait naturel. Dès qu’on est plusieurs enfants, la question se pose de savoir qui est le préféré de papa et de maman.

Selon vous, pourquoi est-on jaloux ?

La jalousie est soutenue par le mécanisme d’envie, on perçoit que l’autre a des choses qu’on n’a pas et ces choses nous font envie. D’où ces questions : « pourquoi je n’ai pas ce que l’autre a ? Ça vient d’où ? Est-ce que c’est juste ? Pas juste ? ». C’est face à toutes ces interrogations que la jalousie se développe. C’est vraiment l’envie qui soutient ce mécanisme.

Existe-il une différence entre la jalousie et l’envie ?

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Le sentiment de base c’est l’envie. Face à un vécu de manque, c’est l’envie qui survient : « je perçois une différence et cette différence me confronte à un sentiment de manque. Cette personne a quelque chose que je n’ai pas. Le manque va soutenir ce mécanisme d’envie. J’ai envie de cette chose qui me manque ».

En fonction de la représentation qu’on a de soi-même, on va être dans une acceptation de ce manque en se disant : « c’est vrai, je n’ai pas ça mais après tout j’ai bien d’autres choses. Finalement j’accepte de manquer et ça ne dévalorise pas l’image que j’ai de moi-même. Je sais que je manque de choses, je sais que je n’ai pas tout, mais ce n’est pas pour autant que je n’ai pas de valeur ». Le sentiment finalement de jalousie peut exister mais il est limité.

Cependant, quand j’ai une représentation de moi dévalorisée, ce vécu de manque est insupportable parce que je n’arrive pas à y faire face. Je n’arrive pas à pouvoir me dire « c’est vrai je manque de choses mais ce n’est pas si grave que ça ».

Non, là c’est grave. Et c’est grave parce que « ça confirme une fois de plus que je suis nul-le, que je n’ai pas de valeur ». Dans ce cas, le mécanisme de jalousie s’appuie sur cette envie et va prendre des proportions importantes. C’est en fait un certain témoignage de l’agressivité liée à ce vécu de manque, c’est-à-dire : « c’est pas juste, je voudrais lui prendre ce qu’il a ». Avec tout ce que du coup cela peut entraîner comme comportements.

Pensez-vous qu’il existe une jalousie maladive ?

Oui, quand la fragilité narcissique est extrêmement importante (c’est-à-dire quand on a un gros manque de confiance en soi), tout devient source possible de jalousie. Là où ça peut se compliquer c’est dans certaines pathologies comme par exemple dans la paranoïa. Dans une moindre mesure, certaines personnes ayant une fragilité narcissique peuvent être jalouses en permanence. Cela est lié à ce manque insupportable qui entraîne des envies permanentes avec le sentiment que tout le monde a plus qu’eux. Tout est source de jalousie : une promotion, un compliment… et c’est source effectivement de difficultés.

Peut-on guérir d’une jalousie maladive ?

La fragilité narcissique ça se soigne. Il y a des thérapies qui sont tout à fait efficaces et qui permettent du coup d’améliorer la représentation de soi, d’être moins en insécurité face à la question du manque et de pouvoir être soulagé de ce sentiment de jalousie.

Par contre, dans les troubles psychotiques où il y a vraiment une perte de la notion de l’autre et du rapport à la réalité, les soins vont soulager mais restent plus limités dans leurs perspectives thérapeutiques (de soins) : la priorité est de rechercher un équilibre avant tout.

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