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Publié le , Modifié le 29 octobre 2015

Interview du mois : une psychologue de Paris Aide aux Victimes parle du harcèlement

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HarcèlementInterview de Carole DAMIANI, psychologue coordinatrice à « Paris Aide aux Victimes »

FSJ : Vous travaillez dans une structure qui accueille les personnes victimes de violences ou d’infractions pénales. Un adolescent peut-il, s’il le souhaite, venir vous rencontrer ?

C.D : Nous recevons les jeunes oui. Mais la plupart du temps, ce ne sont pas les adolescents qui nous sollicitent directement … La demande vient plutôt soit des parents, soit des enseignants, puisque les associations adhérentes à l’INAVEM (dont « Paris Aide Aux Victimes ») ont signé une convention avec l’Éducation Nationale. A ce titre, les enseignants peuvent saisir les associations qui sont réparties sur le territoire, il y en a une par département.

FSJ : Dans ce cas, que leur proposez-vous ?

C.D : Lorsqu’il y a des infractions pénales à l’école et notamment dans le cadre d’une situation de harcèlement, l’école nous saisit et nous demande en général des interventions collectives au sein de l’établissement scolaire, plutôt qu’individuelles. Il s’agit habituellement d’écoles primaires ou de collèges. Nous rencontrons ces jeunes dans leur classe, nous ne les rencontrons pas forcément au sein de notre structure.

Souvent, nous intervenons auprès de classes entières justement dans des situations où les jeunes ne parlent pas, ne souhaitent pas s’exprimer. Dans de nombreuses écoles, et pour beaucoup d’élèves, la loi est vécue comme étant davantage persécutrice que protectrice. Pour ces jeunes, l’application de la loi est considérée comme un abus de pouvoir ou à un abus d’autorité … alors cela ne les incite pas à révéler ou à simplement parler d’une situation. C’est plutôt la « loi du silence » qui prime …

Dans le cadre de nos interventions au sein des établissements, nous nous positionnons plutôt du côté de la prévention.  Nous rencontrons les élèves non seulement pour leur parler du harcèlement, mais de la violence de manière plus globale. Nous échangeons sur la loi, les droits mais aussi les devoirs de chacun. Cette façon d’aborder la situation de manière globale inclut bien sûr la problématique du harcèlement.

FSJ : Dans le cadre de vos interventions collectives, comment parvenez-vous à « libérer la parole » des jeunes par rapport à ce phénomène de harcèlement ?

C.D : C’est difficile, c’est rare que ces jeunes parlent … Très souvent, l’adolescent qui est victime de harcèlement n’est pas identifié par les autres comme étant une victime, il est plutôt vécu comme étant le « looser ». Or, ils ne peuvent pas s’identifier à un looser. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la jeune victime n’est pas aidée par les autres élèves, elle est plutôt rejetée.

Dans ces cas-là, nous  essayons de l’aider en abordant cette problématique de manière générale et en grand groupe, pour ne pas la stigmatiser. Il est compliqué d’imposer des entretiens individuels à des adolescents qui ne le souhaitent pas. On ne désigne personne, mais on rappelle les règles et la loi.

Lorsqu’on intervient dans un établissement, on est en général deux professionnels : un psychologue qui aborde l’impact psychologique de ce phénomène et ses conséquences sur la santé psychique et parfois physique de la jeune victime, et un juriste qui parle de la loi, de la nécessité de révéler les faits quand ils ont lieu, de la complicité lorsqu’on ne parle pas, etc …

FSJ : Lorsque le psychologue aborde ces questions-là auprès des jeunes, quels mots trouve-t-il pour leur faire comprendre que parler est important ?

C.D : Ce dont on s’aperçoit et ce qu’on peut leur dire, c’est que ce n’est pas parce qu’un jeune qui est victime ne parle pas qu’il ne se passe rien en lui. La souffrance se manifeste d’une manière ou d’une autre. Elle peut par exemple se manifester sous forme d’angoisses, de perte de performances scolaires parce qu’il n’arrive plus à se concentrer… Cette souffrance va avoir un impact à la fois sur son état psychique et sur son devenir scolaire.

Ce qu’on sait aussi aujourd’hui, c’est que 30% des élèves qui harcèlent sont d’anciens élèves harcelés. Lorsqu’ils ne parlent pas de leur vécu et des faits dont ils sont victimes, une des voies de dégagement pour eux, c’est de passer à l’acte en devenant auteur. 30%, ce n’est pas insignifiant.
Il est donc primordial de parler pour soi, et pour les autres.

Vers ceux qui ne sont ni auteurs ni victimes mais qui « savent », on peut leur dire que parler n’est pas faire de la délation, ce n’est pas non plus être « fayot » (ce sont des choses que j’entends souvent dans les groupes), c’est protéger la personne victime. Ne rien dire, c’est être complice. C’est important de leur parler de cela … parce que lorsqu’il y a une victime, il y en a 10 qui savent. Soient parce qu’ils ont été témoins, soit parce qu’ils ont entendu parler de ce qu’il se passait … Les jeunes entre eux parlent, et c’est renforcé aujourd’hui avec les moyens de diffusion  actuels : les blogs, les réseaux sociaux, etc … l’information se diffuse en général très vite.

Le danger lié au fait de ne pas parler, c’est d’être considéré comme LE bouc-émissaire désigné. Lorsqu’on ne parle pas, on devient une proie facile … Le harceleur sait qu’il ne sera pas dénoncé : il a de « bonnes raisons » pour recommencer. On s’enferme dans cette situation, on en devient prisonnier.

FSJ : Quels conseils ou quelles orientations proposez-vous aux jeunes qui seraient susceptibles, un jour, de parler de ce qu’ils ont vécu et/ou vu ?

C.D : Ils peuvent tout à fait s’adresser à l’Association « Paris Aide aux victimes », ou bien prendre rendez-vous dans l’association d’aide aux victimes adhérente à l’INAVEM de leur département (coordonnées sur le site* de l’Inavem ou en appelant le 08victimes*). S’ils souhaitent rester anonyme, cet anonymat leur sera garanti. Se rendre à l’association ne veut pas dire s’engager obligatoirement dans un long processus, c’est rencontrer soit un psychologue, soit un juriste, soit les deux, pour avoir des informations. On n’est pas obligé d’aller voir « le psy » pour faire un travail thérapeutique sur soi, cela peut être tout simplement pour parler, pour avoir un échange. On propose à ces jeunes un accueil ouvert.

Lorsqu’on les reçoit, on propose également un entretien à leurs parents avec lesquels on fait un peu de guidance … Parce que les parents aussi perdent leurs repères et peuvent avoir besoin d’être aidés, conseillés. Ils se demandent souvent comment faire pour protéger au mieux leur enfant. On essaie d’aider à la fois le jeune et ses parents.

S’ils ne souhaitent pas prendre rendez-vous et se rendre sur place tout de suite, ils peuvent appeler la ligne d’écoute, anonyme et gratuite, de l’INAVEM*. Ils pourront y être écoutés, à distance. C’est plus facile pour commencer parfois. L’écoutant au bout du fil pourra proposer des orientations près de chez eux, dans un deuxième temps.

Pour un jeune qui est victime de harcèlement au sein de son établissement scolaire, parler de ce qu’il vit ne signifie pas déclencher tout de suite une procédure judiciaire. On peut commencer simplement par échanger. Pour certains, c’est plus facile que d’aller directement déposer plainte. Déclencher une procédure judiciaire peut être très inquiétant pour les jeunes.

FSJ : Lorsque vous rencontrez ces jeunes, leur parlez-vous de tout ce qu’il peut se passer lorsqu’il y a plainte et qu’une procédure judiciaire est ouverte ?

C.D : Oui bien sûr. Et d’ailleurs, ce sujet fait régulièrement partie de leurs questions. On leur dit aussi, ce que lorsqu’un jeune dépose plainte, il a une garantie : il ne sera jamais tout seul. L’association peut être là, en soutien, à tout moment du processus, et jusqu’à la fin si besoin.

FSJ : Le mot de la fin… ?

C.D : Il y a, pour moi, un message à retenir : plus on intervient tôt, plus on est efficace. Bien sûr, même si la situation de harcèlement existe depuis 1 an, 2 ans ou 3 ans, on peut faire quelque chose… il n’est jamais trop tard.

Lorsqu’on est victime d’une agression dans son établissement scolaire, mieux vaut en parler le plus vite possible. Il ne faut pas laisser cette situation s’enkyster. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le temps n’améliore pas les choses. Il est important d’agir le plus vite possible.

Il y a souvent dans un établissement des professionnels, en dehors du chef d‘établissement ou du CPE, à qui un jeune peut aller parler de ce qu’il vit et qui sont sensibilisés à cette problématique : une assistance sociale, une infirmière, une psychologue scolaire… Une vraie information est faite depuis quelques temps auprès des professionnels du milieu scolaire. Autrefois, le harcèlement était banalisé ou minimisé, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Actuellement, les professionnels peuvent être formés à reconnaître les signes qui alertent…

Paris Aide aux Victimes :
12-14 rue Charles Fourier 75013 Paris
Téléphone : 01 45 88 18 00
Email : contact13@pav75.fr
Horaires : 9h – 17h
Plus d’informations sur l’association et ses missions : http://www.pav75.fr/

*Le Numéro national d’Aide aux Victimes (INAVEM) : 08 842 846 37 (08 VICTIMES), anonyme et gratuit, ouvert tous les jours de l’année de 9h à 21h. Plus d’informations sur l’INAVEM  (Réseau d’associations de professionnels de l’Aide aux Victimes) et les adresses des associations dans chaque département : http://www.inavem.org/

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Site internet : Non au harcèlement

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2 réflexions au sujet de « Interview du mois : une psychologue de Paris Aide aux Victimes parle du harcèlement »

  1. Allez voir le site web anglais
    *******
    Si nous devons tous Médiateurs les harcèleurs n’auraient plus d’audience. Nous trouverions alors leurs propres fragilités.

    j'aime 1
  2. Moi aussi j’ai était harcelée pendant longtemps:de la grande section jusqu’en CE2 ou j’ai changé d’école,ce sont ces années la qui ont était les pire et ça a continuer dans mon autre école,du CM1 au CM2;je suis maintenant en 3° et depuis le début du collège,on me rejette toujours. Ça fait toujours mal mais on prend l’habitude et on ne s’en rend moi conte…..

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